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« Il y a les moyens de prévenir la récidive »

Entrelien avec Serge Portelli

Tribunes, publié le 25 octobre 2005, mis à jour le 13 mars 2006

« Il y a des moyens de prévenir la récidive »

Dans une lettre ouverte, douze organisations (1) appellent les sénateurs à ne pas voter la loi sur la récidive, un texte à « l’orientation exclusivement répressive » qui sera examiné, aujourd’hui, au Sénat en seconde lecture. Serge Portelli donne ici son point de vue.

Comment analysez-vous les débats ?

  • La récidive est un immense et vieux problème. De tout temps, les pouvoirs publics l’ont pris comme point de départ dans leur réflexion sur la criminalité. Sous l’Ancien Régime, c’était le châtiment corporel. Après l’amende et le fouet au premier vol, on coupait une oreille au second . Sans doute une punition pour ne pas avoir écouté le premier avertissement. A la troisième infraction, le fautif n’échappait pas à sa seconde oreille coupée et à la pendaison. Bref, la sanction n’était pas la prison mais des tortures épouvantables.

Au XIXe siècle, le débat portait sur l’élimination des récidivistes. Il a abouti à la relégation et au bagne.
On s’est vite aperçu que cette solution était non seulement inhumaine mais inefficace. Elle n’a jamais empêché la récidive et a été abandonnée.

Il faut dire ­ nos apprentis législateurs l’oublient un peu vite ­ que les criminels ne se promènent pas avec le Code pénal dans une main et le Journal officiel dans l’autre. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de problème de récidive aujourd’hui, mais il n’y a aucune urgence. Les chiffres vont dans le sens d’une baisse. Comment un vrai sujet de société aussi sérieux et grave peut-il être ainsi détourné de tout sens, uniquement pour servir de plateforme électorale ?

Comment en est-on arrivé là ?

  • Il est facile d’effrayer l’opinion en lui parlant de ce qui l’affole le plus, le crime sexuel en récidive. En ce moment, par exemple, la télévision est formidable : tous les trois jours, des photos de violeurs en sortie de garde à vue... Evidemment, en voyant ces têtes, on meurt de peur ! Il faudrait pourtant avoir le courage politique de faire un minimum de pédagogie, pour dire qu’il y a des moyens de prévenir la récidive, de traiter les délinquants sexuels. Avec un peu de logique et de raison.

Malheureusement ce courage n’est nulle part. Aujourd’hui, libérer quelqu’un en conditionnelle devient un acte héroïque, face à une pression énorme.

Le bracelet électronique n’est pas une solution ?

  • Un bracelet n’a jamais empêché quiconque de commettre un crime sexuel, la pulsion est trop forte. C’est une solution policière qui a ses mérites : elle permettra de savoir vite qui a commis l’infraction. Mais le seul vrai traitement est un travail sur soi, lié à un traitement médicamenteux.

Il est quand même extraordinaire que, l’avant-veille du débat à l’Assemblée nationale, on s’aperçoive que finalement on n’y connaissait pas grand-chose et que le ministre de la Justice installe, à la hâte, une « Commission d’analyse et de suivi de la récidive ».

Que préconisez-vous ?

  • Il suffirait d’appliquer la loi de 1998, votée après de très longs travaux parlementaires, qui institue un suivi socio-judiciaire après la sortie de prison. Mais on n’a pas laissé le temps à cette loi d’atteindre son but, ni même les moyens de montrer son efficacité. On n’arrive pas à assurer le suivi de cette loi ! Il y a ainsi un manque cruel de médecins coordinateurs, de travailleurs sociaux, d’infirmiers, de gens qui s’y connaissent !

C’est écrit noir sur blanc dans le rapport Warsman (député UMP, auteur d’un rapport sur les alternatives à l’incarcération, ndlr). Le sursis avec mise à l’épreuve est, par exemple, cité comme une mesure fondamentale de lutte contre la récidive, mais les conseillers d’insertion et de probation chargés de les suivre, croulent sous la tâche, avec chacun 120 dossiers ! Sur 60 000 détenus, on compte aujourd’hui 21 % de détenus condamnés pour infractions sexuelles, pourquoi le gouvernement ne met-il pas en place de quoi les soigner ? L’urgence est là !

Propos recueillis par Dominique Simonnot.
Article publié dans libération, 25 octobre 2005.

Notes

(1Entre autres, Acat, Genepi, OIP, Syndicat de la magistrature, Snepap-FSu, CGT-Pénitentiaire, Secours catholique... Texte intégral en téléchargement sur ce site.

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