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Les statistiques 2002 de la délinquance :

Communiqués de presse, publié le 7 février 2003, mis à jour le 8 mai 2006

Le Syndicat de la magistrature s’indigne des entraves à la liberté d’expression dont est victime un officier de gendarmerie qui s’exprime, à travers les médias, sur les risques que présentent la culture du résultat et la politique de management en matière de sécurité telles que promues par le ministère de l’Intérieur.

L’intérêt d’un débat de fond sur les chiffres de la délinquance est fondamental : faire taire les critiques des professionnels est révélateur de la pesanteur du discours officiel et de l’objectif assigné par le ministère de l’Intérieur à des chiffres aisément manipulables.

Le ministère de l’Intérieur distribue bons points et bonnets d’âne aux différents services de police alors même que les risques de dérives pour aboutir aux chiffres politiquement corrects et les effets pervers de l’obligation de résultat sont dénoncés par nombre d’enquêteurs et de magistrats .

Les pressions exercées quotidiennement sur les services de police et de gendarmerie pour « faire du chiffre » dans des affaires visibles le sont au grand détriment des services d’enquête spécialisés et du traitement d’une délinquance plus complexe. Augmenter le nombre d’usagers et petits dealers de stupéfiants, de voleurs à la tire interpellés est chose aisée, gonfler le taux d’élucidation par de telles affaires également. Confrontés à une volonté démagogue d’affichage de résultats, les enquêteurs doivent trop souvent renoncer à des investigations de longue haleine au profit d’opérations ponctuelles, coups de poing, médiatisées mais sans influence sur des réseaux criminels ou sur une délinquance plus subtile.

Les conséquences à moyen et long terme de ces choix imposées à marche forcée aux services de police et de gendarmerie et, par voie de conséquence, à la justice pénale, sommée désormais de se plier aux injonctions du ministère de l’Intérieur, sont inquiétantes. Le traitement en profondeur de pans entiers de délinquance est sacrifié au préjudice d’une politique pénale de spectacle.

Le ministère de l’Intérieur demande à être jugé sur ses actions mais prive le citoyen de moyens d’information et de contrôle fiables. La culture de la transparence et de l’évaluation qui se généralise sous la pression d’observateurs et analystes de la fonction publique doit aujourd’hui être étendue à la police et à la gendarmerie.

Le Syndicat de la Magistrature réaffirme la nécessité d’une information libre et critique de l’opinion, y compris de la part des acteurs de la sécurité publique dont le ministère de l’Intérieur entend censurer toute voix dissidente.

7 février 2003

Syndicat de la magistrature - Tél. : 01 48 05 47 88 - twitter : @Smagistrature
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