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Sur l’incarcération de José Bové

Communiqués de presse, publié le 21 juin 2003, mis à jour le 16 octobre 2006

José Bové a été incarcéré le dimanche 22 juin à la prison de Villeneuve les Maguelonnes, en application d’une condamnation à 10 mois d’emprisonnement pour dégradations volontaires (arrachages de plantes transgéniques).

Les méthodes employées pour l’arrestation d’un paysan opposé aux OGM (organismes génétiquement modifiés) sont dignes du grand banditisme : Arrestation à 6 heures du matin pendant son sommeil, fracture de laporte de sa ferme, transport en hélicoptère jusqu’à la prison.
Apparemment, pour le Ministre de la Justice, J. Bové est devenu l’ennemi public N°1 !

Ces procédés s’inscrivent dans une politique de pénalisation du mouvement social et de la contestation : Des dizaines d’enseignants ont été pourchassés par la police lors de la manifestation du 10 juin place de l’Opéra, à Paris, et placés en garde à vue ; les grévistes vont se voir imposer, sans aucun échelonnement et pour la première fois depuis 20 ans, des retenues d’un mois et demi de salaire, afin de "payer "leur opposition à la réforme des retraites. Lundi 23 juin, comparaîtront à 13 h. devant le tribunal correctionnel de Bobigny, trois passagers d’un vol Paris/Bamako, qui ont simplement voulu photographier des policiers menottant des étrangers expulsés. Ces trois passagers (deux membres d’une association humanitaire, et un responsable de la Confédération paysanne), ont été placés 20 h en garde à vue et sont poursuivis « pour entrave à la circulation d’un aéronef »(!). Ils risquent cinq ans de prison.

Cet acharnement pénal est diligenté par les parquets à l’égard des « délinquants de la solidarité », qui contestent des choix de société fondamentaux pour l’avenir, comme les cultures transgéniques ou la construction d’une Europe forteresse rejetant les étrangers.

La sévérité des poursuites à l’encontre des "contestaires"a pour corollaire une justice d’une extrême lenteur et d’une grande clémence à l’égard des puissants. Alors que J.Bové est jeté en prison, JC Trichet, ex-gouverneur de la Banque de France, est relaxé le 18 juin, et nommé, deux jours après, président de la Banque Centrale Européenne. Dans l’affaire du Crédit Lyonnais, dont le trou financier vaut largement le déficit virtuel des caisses de retraites, le parquet n’a bien sûr pasfait appel de la relaxe de JC Trichet, sans doute pour ne pas gêner sa réinsertion professionnelle !

Quant aux hauts fonctionnaires et conseillers ministériels de l’affaire du sang contaminé, ils ont eux aussi été relaxés au bout de 15 ans de procédure. Mais soyons sûr que s’il s’était trouvé, à l’époque, un José Bové pour détruire, au Centre National de Transfusion Sanguine, les poches du sang mortel pour les hémophiles, il aurait été immédiatement embastillé pour"dégradations volontaires", car qui détruit un oeuf est beaucoup plus criminel que celui qui détourne dix boeufs.

C’est ce que devra méditer Monsieur Chirac en examinant la demande de grâce que des milliers de personnes lui ont adressée en faveur de J Bové...

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